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L’art du kintsugi : un outil pour vous accompagner pendant vos médiations ?

  • Anne-Namalie L'HÔTE
  • 15 févr.
  • 5 min de lecture
Bol cassé réparé selon la méthode japonaise traditionnelle du kintsugi - Sergio Arjona/ Shutterstock
Bol cassé réparé selon la méthode japonaise traditionnelle du kintsugi - Sergio Arjona/ Shutterstock

Le kintsugi (金継ぎ, « jointure en or ») est bien plus qu’une technique de réparation : c’est une vision du monde. Son principe : réparer un objet brisé avec de la laque (urushi) mêlée de poudre d’or, d’argent ou de platine et valoriser les fissures au lieu de les cacher.


Envisager la médiation à travers la métaphore du kintsugi permet de prendre du recul, d’aborder le conflit avec plus de hauteur et d’ouvrir la voie à une reconstruction plus apaisée et durable.


Nous vous présentons ci-dessous cet art japonais et sa signification.


1. Wabi-sabi : accepter l’imperfection


Le kintsugi est intimement lié au wabi-sabi, philosophie esthétique japonaise qui célèbre l’imperfection, l’inachevé et la nature éphémère des choses.


Il considère les marques d’usure comme des traces de vie, et les réparations comme des événements de l’histoire d’un objet.


Le kintsugi révèle l’idée que la beauté naît non malgré la brisure, mais à travers elle.

Une relation n’a pas besoin d’être parfaite pour être précieuse.


2. Mushin : non‑attachement et acceptation du changement


Le kintsugi reflète aussi la philosophie du mushin (無心, « esprit sans entrave ») :

accepter les changements:


  • ne pas s’attacher à la forme initiale,

  • accueillir le destin (ou le hasard) des choses. 

 

Réparer un objet brisé sans dissimuler sa transformation, c’est affirmer que le changement fait partie de son identité.


C’est ce qui va se jouer dans le cadre de la médiation : accepter que le conflit fasse partie de l’histoire. Il vient modifier la relation et lui donner un autre aspect pour correspondre davantage aux besoins de chacun. La médiation offre un cadre sécurisé aux parties afin qu’elles puissent exprimer ces besoins, sans heurts et en toute sincérité.


3. Transformation : la brisure comme renaissance


Selon certains récits anciens, des artisans allaient jusqu’à casser volontairement une pièce pour créer une nouvelle œuvre à partir de sa réparation.


 La destruction apparaît ainsi comme une porte d’ouverture vers la métamorphose.


Le kintsugi se traduit ainsi comme une philosophie du renouveau, où la restauration peut donner naissance à quelque chose « de mieux que le neuf ».


Cette métaphore a été utilisée par António Guterres, secrétaire général de l’ONU, à l’occasion de la Journée internationale de la paix  pour évoquer la reconstruction des sociétés après les crises.


Selon lui, il ne s’agit pas de réparer les choses pour qu’elles redeviennent « comme avant » mais plutôt de les rendre « meilleures qu’avant » en embrassant leurs cicatrices. [1]


Le résultat est une pièce qui n'est pas "comme neuve" mais "meilleure que neuve.Alors que nous célébrons la journée Internationale de la Paix, appliquons ce principe à notre monde fracturé. "António Guterres, secrétaire général de l’ONU

"Attaquons nous aux fragilités et aux inégalités qui nuisent à la paix, afin de sortir de la crise plus forts qu'auparavant. Œuvrons pour la paix partout où des conflits font rage et partout où il existe des possibilités diplomatiques de faire taire les armes. Donnons la priorité à la paix et construisons un avenir plus sûr pour tous.“, poursuit le secrétaire général de l'ONU.


Le conflit est certes douloureux mais envisager une perspective d’amélioration permet de relativiser, d’accepter les évènements et d’avancer, de ne pas rester empêtrés dans une histoire douloureuse, d’en saisir au contraire une opportunité pour s’améliorer.


4. Résilience : l’art de grandir après la fracture

 

Le kintsugi est fréquemment interprété comme une métaphore de la résilience : les fissures deviennent des lignes d’or, la fragilité : un signe de force et la réparation apporte une valeur ajoutée.


Le kintsugi illustre ainsi l’idée que nous pouvons être transformés par les épreuves, sans chercher à effacer ses cicatrices.


Les blessures donnent du sens à votre histoire, ce qui la renforce, la rend plus belle.


5. Temporalité : respecter le parcours et la mémoire des choses


Le kintsugi valorise aussi la trajectoire d’un objet :

  • ses chocs,

  • son usage,

  • son histoire concrète.


Cette philosophie refuse l’idée que la valeur réside dans la perfection originelle: elle se situe au contraire dans l’accumulation du vécu.


6. Éthique du “visible mending” : réparer plutôt que jeter


Le kintsugi s’inscrit dans une éthique matérialiste sobre :

  • ne pas gaspiller (« waste not, want not »),

  • prolonger la vie des objets,

  • affirmer que la réparation est un acte esthétique en soi.


Dans un monde dominé par la consommation, le kintsugi devient une critique implicite du jetable et un appel à la responsabilité.

 

En médiation, cela se traduit par :

  • l’idée que les relations humaines ne sont pas interchangeables,

  • la conviction qu’il vaut la peine de « recoller » ce qui peut l’être,

  • la valorisation du travail patient, minutieux, parfois fragile, qui permet à la relation de renaître, si tel est le choix des parties ou d’en faire le deuil, soigneusement.


7. Le kintsugi : une métaphore utile en milieu professionnel


Comme les fissures soulignées plutôt que dissimulées, les tensions et les conflits au travail peuvent devenir des opportunités de transformation lorsqu’ils sont traités avec écoute, respect et créativité.


La médiation invite les équipes à reconnaître les fractures relationnelles ou organisationnelles sans les nier, à en comprendre les causes et à co‑construire des solutions qui donnent de la valeur à l’expérience, même lorsqu’elle a été difficile.


 Dans un environnement professionnel en constante évolution, adopter une approche “kintsugi” signifie considérer les erreurs, les crises et les divergences non comme des faiblesses à cacher mais comme des points d’appui pour renforcer la cohésion, la confiance et la résilience collective.


Conclusion


Le kintsugi nous enseigne que la rupture n’est pas la fin : c’est une étape de la vie.


En médiation, cette métaphore devient un outil puissant : elle aide à accepter les imperfections, à avancer avec lucidité et à reconstruire en apportant du sens.


Elle permet de montrer que :


  • le conflit n’est pas une fatalité,

  • la réparation n’est pas une faiblesse,

  • et la relation restaurée peut devenir plus belle, plus consciente et plus résiliente qu’avant.

 

Le kintsugi nous enseigne la valorisation du temps, de la persévérance, de l'imperfection, des blessures de l'existence, y compris au niveau rationnel. Il offre une perspective intéressante au conflit, via l'émergence d'une relation nouvelle, plus juste et équilibrée pour chacune des parties, enrichies par leur épreuve conflictuelle plutôt que détériorées, amères et inutiles. 


Alternativement, le kintsugi permet tout simplement de faire la paix avec cette situation conflictuelle, de la considérer comme un jalon sur notre chemin qui nous renforce et nous permet de poursuivre notre trajet différemment, avec ou sans l'autre. 


***


ANL Avocat propose à ses clients des procédures de médiation, en qualité de médiateur ou d'avocat: un outil très utile pour apaiser les tensions et envisager le conflit sous un autre angle. 


Pour en savoir plus sur la médiation ou l'art du kintsugi, contactez-nous: ici


[1] Bolster fragile world to emerge stronger, UN chief urges, marking Peace Day, International Day of Peace 2020:  https://news.un.org/en/story/2020/09/1072622 

 



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